L'Union européenne doit retrouver sa crédibilité après l'échec de la conférence de Johannesbourg

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Actualité
Thèmes : 
Ecologie et environnement Europe
Auteurs : 
déi gréng
L'Union européenne doit retrouver sa crédibilité après l'échec de la conférence de Johannesbourg

Publié le

Discours de Claude Turmes à l'occasion des discussions post-Johannesbourg au PE

Strasbourg, 25 septembre 2002


 

Discours de Claude Turmes à l'occasion des discussions post-Johannesbourg au PE


Après l'échec de la conférence de Johannesbourg, il est important de faire une analyse politique de cet échec. Il ne suffit absolument pas d'expliquer le manque de résultats par la seule attitude d'obstruction des Etats-Unis et de ses alliés de l'OPEP.

Pourquoi l'Union européenne, qui a pu faire avancer de façon décisive les négociations sur le protocole de Kyoto (climat) et sur le protocole de Carthagène (biodiversité), a échoué à construire cette fois-ci l'indispensable alliance stratégique avec les Pays en Voie de Développement ?

En tant que groupe des Verts et Régionalistes au PE, nous avons identifié quatres raisons majeures :

- l'insuffisance de l'aide au développement :

Plus de 30 ans après l'engagement des pays industrialisés de monter leur aide au développement à 0,7% de leur PNB, l'UE échoue toujours à remplir cette promesse et de s'engager fermement, sur un plan pluriannuel, de remonter en moyenne l'aide au développement à au moins 0,7%. Johannesbourg a montré que les engagements de Monterrey ne suffisent pas. En effet, les parténariats public-privé ne pourront que s'ajouter à une telle mesure et non pas compenser son absence.

- les subventions aux exportations de produits agricoles :

L'Union européenne n'aura plus de crédibilité auprès des Pays en Voie de Développement, tant qu'elle n'aura pas terminé la pratique du "dumping" et de concurrence déloyale sur les produits agricoles. Dans sa résolution sur l'après Johannesbourg, le Parlement européen s'apprête à soutenir l'idée de l'arrêt des subventions à l'exportation. Nous disons "Oui" à la réorientation des aides agricoles proposée par la réforme du Commissaire Fischler, mais cela signifie également un "Non" ferme sur le soutien au exportations.

- le non-découplement de la croissance économique et des nuissances à l'environnement :

Ce sont les pays industrialisés qui doivent mettre fin aux modes de production et de consommation dévoreuses de ressources et génératrices de pollution. Plutôt que d'attendre des avancées au niveau de nébuleux comités auprès des Nations Unies, la principale tâche des 15 (et demain des 27) Etats membres de l'UE doit être de restructurer ses politiques industrielles, ses politiques des transports, de l'énergie, de la production agricole et de la pêche, de façon à faire rentrer l'économie européenne dans l' "espace écologique" qui lui incombe. Ceci permettra au Pays en Voie de Développement de récupérer un "espace de développement" nécessaire. L'adoption au Parlement européen du rapport Hulthen sur la mise en oeuvre d'une politique de réduction des gaz à effet de serre constitue un premier pas dans cette direction et nous espérons qu'il sera suivi par le Conseil et la Commission pour assurer sa mise en oeuvre.

- la primauté de la concurrence commerciale sur la coopération écologique et sociale :

A Johannesbourg, une conférence qui devait porter sur l'environnement et le développement, les négociateurs de l'UE furent plus enclins à défendre les intérêts économiques de l'Europe que de jouer la carte d'une solidarité avec d'autres parties du monde. Les positions du Commissaire Lamy l'ont largement emportées sur les positions de la Commissaire Wallstroem, de même que celles des Ministres des Finances et de l'Economie sur celles des Ministres du Développement et de l'Environnement. Les déchirement à l'intérieur de la délégation européenne autour de la hiérarchie entre les accords multilatéraux sur l'environnement et les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ainsi que la position "molle" de L'Union européenne sur des normes sociales et environnementales contraignantes pour les grandes entreprises en sont les exemples phares. Il nous reste maintenant 11 mois pour mener un vaste débat démocratique sur l'actuelle domination du "tout marchant" avant le prochain rendez-vous international, la réunion ministérielle de l'OMC à Cancoon (Mexique) en Septembre 2003.